mercredi 17 mai 2017

Les Els, tome 1 - H. Roy

Les Els, tome 1 - H. Roy

« Je cours. Plus vite que jamais. Mes pulsations cardiaques sont des percussions frénétiques qui rythment ma cavalcade. L’air me brûle les narines, m’enflamme la gorge. J’ai froid, j’ai peur, j’ignore où je vais. Fuir, c’est tout ce qui m’importe. » 
Connor a 18 ans, elle vit avec son père à Eden Lake, une petite ville des Adirondacks et, en dehors du fait que son meilleur ami a subitement pris ses distances, elle mène une existence plutôt tranquille. 
Le jour où sa tante débarque, les choses se compliquent. Car les cauchemars qui assaillent Connor depuis quelque temps pourraient bien devenir réalité…

Note : 3 / 5


Merci à Babelio et à J'ai Lu pour l'envoi de ce livre dont le résumé, très mystérieux, m'a tout de suite attiré. J'avais quelques idées concernant l'histoire, je m'attendais notamment à de la bit-lit et je n'ai pas été déçue. Mais malheureusement, ce livre m'a aussi beaucoup trop fait penser à la série Twilight... Sans être aussi mauvais, Les Els reste un livre pour ados en quête de frissons amoureux qui m'a parfois gêné et un peu déçu.

Le livre, écrit à la première personne, va nous permettre de suivre Connor, une jeune fille de 18 ans dont la banale vie d'étudiante va changer. Elle apprend, peu avant son dix huitième anniversaire, qu'elle n'est pas humaine. Pire, elle n'est pas non plus une Els, comme son père ou sa grand mère : Connor est une hybride. Les Els possèdent des ennemis qui se nourrissent de leur sang : les Prédateurs. Pour protéger son peuple et sa famille, la mère de Connor a décidé d'en devenir un. Connor n'a donc pas que du sang Els dans ses veines, elle est aussi à moitié Prédateur. Et cette particularité va attirer l'attention de leurs ennemis, qui sont à sa recherche. Pour la protéger et la préparer en cas d'attaque, l'Agence de Sécurité des Els lui a désigné une Guide et un Gardien, des Prédateurs repentis qui vont avoir du mal à se faire une place dans la petite société d'Els d'Eden Lake.

Une petite ville des Etats-Unis perdue au milieu d'une nature luxuriante, une jeune lycéenne qui apprend l'existence d'êtres dotés de dons et de leurs ennemis qui font beaucoup penser à des vampires, un triangle amoureux, une demoiselle en détresse qui a besoin qu'on la protège... beaucoup de choses font penser à la série Twilight de Stephenie Meyer. Et même si l'univers d'H. Roy va beaucoup plus loin qu'une simple réécriture du mythe du vampire, j'ai malheureusement trouvé qu'il servait beaucoup trop le côté romance d'adolescents et était relayé au second plan.


Heureusement, H. Roy a un style vraiment agréable. Le livre est écrit à la première personne mais pour une fois je l'ai apprécié. Il y a beaucoup de descriptions, de l'environnement mais aussi des pensées des Connor, qui permettent une immersion quasi instantanée dans l'histoire. Et c'est vraiment avec justesse que l'auteur oscille entre les deux, ce n'est pas du tout ennuyeux et long, au contraire : le récit est vraiment bien rythmé, la révélation initiale arrive très vite et le reste du récit est ponctué par de nombreux rebondissements. J'ai trouvé les scènes d'action et de combat un peu floues, mais en général j'ai beaucoup apprécié le style de l'auteur.

L'histoire en elle même est plutôt cohérente et on se plait à suivre Connor qui découvre petit à petit ce peuple, cette société auxquels elle appartient. Malheureusement, l'auteur s'attarde beaucoup plus sur les scènes au lycée, les fêtes, les sorties shopping et les sentiments amoureux contradictoires de Connor que sur sa nouvelle condition et le nouveau monde qui s'ouvre à elle. Certaines scènes m'ont vraiment fait soupirer et certains aspects m'ont ennuyé comme l'absence de son père qui, dès lors qu'il a appris la vérité à sa fille, se déresponsabilise totalement et laisse Connor à sa Guide et à son Gardien. En général, tout le long du livre, on se demande bien où sont les adultes...

Les Els n'est pas un mauvais livre, mais il est clairement destiné à un public adolescent. Je suis complètement passé à côté de la romance, je n'ai pas aimé son côté édulcoré, la niaiserie des premiers baisers, des papillons dans le ventre et j'en passe. D'autant plus que tout cela rend le récit vraiment prévisible. L'auteur ne s'est selon moi pas intéressé aux bonnes choses, n'a pas orienté son récit vers les bonnes scènes. Je n'ai tout simplement pas aimé que la romance soit au centre du récit. Pour autant, je comprends l'engouement pour ce livre : les fans de romance paranormale à la Twilight trouveront vraiment leur compte, mais, de mon côté, ce n'est pas du tout ce à quoi je m'attendais ni ce que j'avais envie de lire.

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Romance paranormale :
  

mercredi 10 mai 2017

Les Chants de Felya, Intégrale - Laurent Genefort

Les Chants de Felya, Intégrale - Laurent Genefort

Aux confins de l'univers, loin du regard de la civilisation, se commettent les pires atrocités. Comme sur Felya, une planète d'extraction minière où la puissante compagnie Fetexport exploite toutes les ressources à sa portée : minérales, animales, végétales... et humaines. Pour les tribus indigènes, divisées, toute résistance est vaine. Que peuvent des lances contre des tanks et des hélicoptères ? Les unes après les autres, elles passent sous le joug de la compagnie : les hommes rejoignent les rangs de leur armée, les femmes leurs bordels. Puni pour avoir enfreint les coutumes de son peuple, le jeune Lorin doit prouver son attachement aux siens. Dans sa quête, il rencontrera Soheil, issue de la tribu des tailleurs de sel. Tous deux devront mettre de côté leurs différences s'ils veulent survivre aux épreuves dressées sur leur chemin. Et de leur amour naîtra peut-être l'étincelle de la rébellion, l'espoir attendu par toute une planète...

Note : 4 / 5


Alors que je n'avais pas beaucoup apprécié Lum'en de cet auteur, j'ai tout de même eu envie de donner une nouvelle chance à Laurent Genefort avec sa trilogie Les Chants de Felya. Les thèmes et le genre ne changent pas beaucoup (l'écologie lui tient toujours beaucoup à coeur et l'auteur nous propose une nouvelle fois un Planet Opera pour en parler) mais l'histoire et la forme du livre m'ont beaucoup plus plu. Je suis vraiment contente de ne pas être restée sur ma première déception !

Le premier tome, Le labyrinthe de chair, nous permet de découvrir et de suivre les différents peuples autochtones de Felya à travers le voyage de Lorin. Les Vangkanas, ces humains venus de l'espace pour exploiter les ressources de Felya, ont découvert un nouveau filon sous le village de la tribu. Le clan a donc décidé de partir, tous sauf Lorin qui a été puni pour s'être un peu trop intéressé aux Vangkanas : avant de pouvoir suivre les traces de son clan, il doit rester dix jours dans la lande des fumées-d'oubli pour réfléchir. Son frère, Diourk, très respectueux des règles, va l'accompagner. Mais retrouver la trace de leur clan après la pénitence de Lorin ne va pas être facile. D'autant plus que l'arrivée des Vangkanas a commencé à détruire leur planète et leurs coutumes.

J'ai beaucoup aimé ce voyage au coeur de la nature sauvage de la planète. Les nombreuses descriptions permettent de complètement immerger le lecteur et de très bien se représenter cette planète, sa faune et sa flore pourtant si différentes de ce que l'on connaît. Ce premier tome est vraiment riche et intéressant. J'ai adoré prendre connaissance des croyances du clan de Lorin, basées sur les deux soleils autour desquels tourne Felya. Croyances qui vont se confronter avec celles des autres clans que vont croiser Lorin et son frère, mais aussi avec celles des Vangkanas qui en plus de détruire leur environnement, détruisent aussi leur culture.

Les différents clans comme ceux traversant le désert à dos de crabes géants sur lesquels ils font pousser de véritables jardins, ainsi que les différents environnements que va traverser Lorin, tantôt pollués, tantôt luxuriants, m'ont énormément fait penser à l'univers de Nausicaä de la vallée du vent. Et la suite ne va qu'accentuer cet aspect.

Le deuxième tome, De chair et de fer, va nous faire découvrir l'étendue des dégâts causés par les Vangkanas. Lorin va être capturé et enrôlé comme militaire. Son amante, enceinte, a cependant réussi à fuir. Tout en suivant les ordres écoeurants de ses supérieurs, il va tenter de la retrouver et de s'enfuir à son tour.

Ce deuxième tome peut déstabiliser car il opère un changement brutal d'environnement. De la nature sauvage traversée par les autochtones, on passe à l'injustice et à la froideur des camps militaires. C'est un tome vraiment très dur qui va complètement changer Lorin. Il y a aussi un côté post-apocalyptique qui nous met vraiment devant les ravages causés par les Vangkanas. La course poursuite finale est vraiment intense et angoissante devant cette nature si polluée et meurtrie. L'auteur introduit aussi les scaras, des insectes très intelligents qui étaient utilisés pour découvrir les filons. Leur capacité d'adaptation et leur robustesse les ont rendu incontrolables et ils prolifèrent maintenant sur de nombreuses planètes minières.

Le dernier tome, Lyane, nous permet de suivre la fille de Lorin. Lyane est très attachée à la nature et ne revient à Mohmedine, une cité, qui relève cependant plus du bidonville, édifiée près d'un complexe de raffinage, uniquement pour passer l'hiver. A peine arrivée, elle apprend que des gens sont à sa recherche : ils ont entendus des choses à propos d'elle et des scaras, et veulent l'étudier. Lyane va devoir fuir.

Ce troisième tome est celui qui m'a le moins plu. Encore une fuite, le récit s'essouffle et la fin est un peu facile selon moi. Ce dernier tome n'a pas vraiment d'intérêt et ne boucle rien du tout. On s'attache cependant beaucoup à Lyane, dommage cependant que le style de l'auteur soit beaucoup trop descriptif et indirect. En général, il ne transmet pas beaucoup d'émotions, on ne ressent rien lors de la mort d'un personnage ou lors des séparations, et c'est bien dommage. Ce livre en devient presque un essai anthropologique car son style tient plus du documentaire que du roman.

Les Chants de Felya est donc une magnifique fresque, un voyage exotique rendu extrêmement riche et intéressant par l'imagination de l'auteur. Si je ne me suis pas vraiment attachée aux personnages à cause du style très froid de l'auteur, j'ai cependant été passionnée par l'univers créé et les aspects très engagés développés par Laurent Genefort.

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Planet Opera :
  

samedi 29 avril 2017

La fille qui navigua autour de Féérie dans un bateau construit de ses propres mains - Catherynne M. Valente

La fille qui navigua autour de Féérie dans un bateau construit de ses propres mains - Catherynne M. Valente

Septembre a douze ans et aspire à l'aventure. Quand le Vent Vert et le Léopard des Petites Brises l'invitent en Féérie, bien sûr, elle accepte. Elle découvrira qu'elle seule peut libérer Féérie de la main de fer de la Marquise. En compagnie d'un Vouivriothèque, elle perdra son coeur, ses chaussures, son ombre et son chemin, mais trouvera le courage, une Cuiller et bien plus encore...

Note : 4 / 5


Une magnifique couverture qui attire le regard, un titre qui fait sourire tant il est long et un résumé qui nous promet un voyage qui n'a rien à envier aux contes classiques : je veux en être !

Et l'aventure n'attend pas : dès les premières pages, Septembre et le lecteur partent pour Féérie où les différentes rencontres et événements vont l’amener à sauver ce monde qui, depuis que la Marquise a pris le pouvoir, est bouleversé.

Et quelles rencontres, quels événements ! Les créatures fantastiques ne manquent pas et les situations loufoques et absurdes s'enchaînent. Notre héroïne va trouver un ami en A-à-L, un Vouivre qui pense que son père est une bibliothèque et qui, comme son nom l'indique, connaît la définition de tous les mots de a à l. Elle va aussi rencontrer des sorcières et un Lou-Garou, sans p, car contrairement aux Loup-Garous il se transforme en humain à la pleine lune et est un loup le reste du temps (et il vaut mieux se méfier de lui quand il est humain !)

Je me suis beaucoup attachée à Septembre qui est un petite fille très sage et intelligente sans pour autant être niaise comme les petites filles des contes classiques. De manière générale, l'auteure a vraiment réussi à rester originale en reprenant pourtant beaucoup d'éléments de contes connus.

J'ai vraiment adoré l'univers de l'auteur, son imagination qui m'a fait penser à tous mes livres préférés comme L'Histoire Sans Fin, Alice au Pays des Merveilles ou Les Chroniques de Narnia Il y a d'ailleurs plein de références à ces contes classiques : Septembre fait son entrée en Féérie en tombant dans la mer, une eau salée qui pourrait très bien être faite des larmes d'Alice ; alors qu'une autre enfant passe par une armoire pour rejoindre ce monde fantastique. Ce livre m'a beaucoup fait sourire, m'a rendu nostalgique. Certaines situations complètement loufoques permettent cependant de parler de choses de la vraie vie, et je trouve que c'est vraiment la meilleure façon de le faire.

J'ai aussi vraiment adoré le narrateur qui est très présent. Il fait très souvent des pauses dans le récit pour parler au lecteur, nous livrer certaines choses que Septembre ne sait pas et que l'on ne devrait pas savoir non plus à ce stade du récit. C'est vraiment un personnage à part entière et il m'a beaucoup fait penser au narrateur de L'Histoire Sans Fin, qui aime lui aussi briser le quatrième mur.

Cependant, j'ai trouvé que le récit s'essoufflait un peu vers la fin, et je n'ai pas compris ce besoin de mettre tant de violences au sein du récit. Certains moments sont vraiment durs et cassent un peu l'aspect conte qui normalement n'a pas besoin de violence pour instaurer une ambiance pesante, forte émotionnellement. La fin m'a pourtant vraiment surprise !

Le roman de Catherynne M. Valente est vraiment un hommage à tous ces contes que l'on a tous lu en étant petit. J'ai vraiment adoré mon voyage, j'ai trouvé ce livre fort et l'imagination de l'auteure vraiment étonnante ! J'aurais pu suivre Septembre indéfiniment à la découverte de Féérie.

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Univers merveilleux, fantastique et parfois absurde :
  

mercredi 19 avril 2017

Royaume de vent et de colères - Jean-Laurent Del Socorro

Royaume de vent et de colères - Jean-Laurent Del Socorro

1596. Deux ans avant l'édit de Nantes qui met fin aux guerres de Religion, Marseille la catholique s'oppose à Henri IV, l'ancien protestant. Une rébellion, une indépendance que ne peut tolérer le roi. À La Roue de Fortune se croisent des passés que l’on cherche à fuir et des avenirs incertains : un chevalier usé et reconverti, une vieille femme qui dirige la guilde des assassins, un couple de magiciens amoureux et en fuite, et la patronne, ancienne mercenaire qui s’essaie à un métier sans arme. Les pions sont en place. Le mistral se lève. La pièce peut commencer.

Note : 3,5 / 5


La fantasy historique, ou plus précisément l'uchronie, est un genre que j'apprécie beaucoup. Dans Royaume de vent et de colères, la fantasy est vraiment très légère et ne chamboule pas vraiment le contexte connu. Jean-Laurent Del Socorro a pourtant réussi à vraiment m'intéresser, notamment grâce à son style et à la forme de son livre.

Le livre est découpé en trois parties. La première nous permet de saisir le contexte : 1596, Marseille est encore une ville indépendante que le roi Henri IV projette de reprendre par la force. L'auteur nous introduit aux personnages alors qu'ils se trouvent tous à l'auberge La Roue de la Fortune. L'auteur nous les montre dans leur quotidien : Axelle s'occupant de ses clients, Gabriel s'entraînant à l'escrime, Armand et Roland en fuite qui arrivent enfin à Marseille, Victoire qui se prépare à une ultime mission et enfin Silas, un personnage un peu à part. Mais cette guerre inévitable va rappeler aux personnages leur passé qui va nous être conté dans la deuxième partie alors que la dernière nous plonge au cœur de la bataille.

L'histoire est donc assez simple, l'auteur reprenant un moment important de l'histoire de la ville de Marseille. La forme du livre n'est cependant pas anodine et donne beaucoup de profondeur au récit : les chapitres nous permettent à chaque fois de suivre l'histoire d'un point de vue différent. Les personnages étant dès le début très proches les uns des autres, leurs pensées se font très souvent écho, ils s'adressent mentalement l'un à l'autre, se répondent... C'est vraiment très bien fait et le lecteur n'est jamais perdu car chaque personnage a ses particularités stylistiques : le récit de Gabriel est rythmé par les douleurs de son vieux corps, Victoire est fataliste et ses passages sont très lents, Axelle est obsédée par le chiffre cinq... Les chapitres sont très courts (deux ou trois pages en moyenne) et donnent un rythme très rapide au récit. On ressent vraiment l'urgence de la situation, c'est maîtrisé et très jouissif à lire.

Et on s'attache beaucoup à tous ces personnages. Ces personnages qui veulent vivre et en finir avec leur passé. Passé qui les hante mais qu'ils finissent par embrasser. Ils vont aller de l'avant et se battre pour ce qui leur est cher. J'ai particulièrement aimé les personnages féminins, Axelle et Victoire, qui sont vraiment fortes. Armand m'a beaucoup touché aussi, c'est un personnage torturé mais sa relation avec Roland fait ressortir beaucoup de douceur de lui.

Le style de l'auteur a cependant aussi quelques défauts. J'ai trouvé le récit très froid car il ne fait presque que relater des faits. On a beau avoir un narrateur interne et suivre plusieurs personnages, on ne ressent que très peu leurs émotions. Jean-Laurent Del Socorro nous parle beaucoup de théâtre lors de son interview à la fin du livre, et son style s'en inspire en effet beaucoup, selon moi très proche de la neutralité des didascalies. Malheureusement, cela m'a un peu gêné. Et je regrette quand même un peu que le côté fantasy ne soit pas plus poussé, même si je comprends le choix de l'auteur.

Royaume de vent et de colères est un livre vraiment ambitieux. Maîtrisé, son récit nous permet de suivre plusieurs personnages, de les comprendre et de réellement s'attacher à eux. C'est aussi un moment important de l'histoire de France qui nous est conté avec justesse. Mais c'est surtout sa forme et son style qui rendent ce livre vraiment intéressant et passionnant. Merci à J'ai Lu et au forum Mort-Sûre pour la découverte de ce livre.

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Fantasy historique :
  

samedi 15 avril 2017

Planetfall - Emma Newman

Planetfall - Emma Newman

Touchée par la grâce, Lee Suh-Mi a reçu la vision d’une planète lointaine, un éden où serait révélé aux hommes le secret de leur place dans l’Univers. Sa conviction est telle qu’elle a entraîné plusieurs centaines de fidèles dans ce voyage sans retour à la rencontre de leur créateur. Vingt-deux ans se sont écoulés depuis qu’ils sont arrivés là-bas et qu’ils ont établi leur colonie au pied d’une énigmatique structure extraterrestre, la Cité de Dieu, dans laquelle Lee Suh-Mi a disparu depuis lors. 
Ingénieur impliquée dans le projet depuis son origine, Renata Ghali est la dépositaire d’un terrible secret sur lequel repose le fragile équilibre de la colonie, qui pourrait voler en éclats avec l’entrée en scène d’un nouveau membre, un homme qui ressemble étrangement à Suh-Mi, trop jeune pour faire partie de la première génération de colons...

Note : 3,5 / 5


Alors que la couverture ne m'inspirait pas du tout (la modélisation 3D dans ce genre me semble un peu dépassée) le résumé de Planetfall a su révéler tout son potentiel et tout de suite m'intéresser. Une fois le livre terminé, quelques questions demeurent, mais j'ai trouvé l'histoire et ses mystères vraiment passionnants ! Pour une auteure habituée à écrire de la fantasy, j'ai trouvé ce premier roman de SF vraiment réussi !

Ce livre va nous permettre de suivre Ren, une ingénieure membre du projet de colonisation de la planète de Dieu depuis son début. Le récit à la première personne nous plonge directement au cœur de la nouvelle société qui s'est construite sur cette planète, toute proche d'une étrange cité-créature qu'ils pensent être la demeure de Dieu. Il faut un petit moment au lecteur avant d'assimiler toutes les particularités de cette colonie : l'utilisation des imprimantes 3D, leur politique de recyclage et, surtout, leur étrange cérémonie de la graine.

L'auteure nous laisse volontairement dans le noir, car la plupart des colons eux même ne connaissent pas toute la vérité. Petit à petit, le lecteur se rend en effet compte que Ren cache de terribles secrets. L'arrivée de Sung-Soo, qui se dit le fils d'un des membres de l'équipage dont la navette s'est écrasée lors de l'arrivée sur cette planète, va lui rappeler les mensonges sur lesquels s'est construite leur colonie.

Les réponses arrivent au compte goutte mais on ne s'ennuie jamais. Le final est vraiment grandiose et intense. J'ai trouvé le récit très maîtrisé même si, comme souvent, la première personne m'a une nouvelle fois gênée. Ren s'attarde beaucoup sur ses ressentiments, sa culpabilité, et rend toutes les scènes d'action très froides. Elle ne sont pas très bien décrites et beaucoup trop en retrait. Ren va réussir à nous faire ressentir tout son désespoir pourtant exagéré lors de la découverte de l'intérieur de sa maison par le reste de la communauté, et rester très neutre lors de l'attaque finale. Il y a un déséquilibre vraiment décevant entre les scènes.

Mais ce qui m'a vraiment passionné, ce sont tous les questionnements théologiques et les réflexions sur notre monde, sur notre humanité, qui sont posés. Sung-Soo est né sur cette planète, alors que Ren a encore des souvenirs de la Terre. Ces deux visions vont se confronter et mettre en lumière tous les problèmes que l'on a créé sur Terre. Pour autant, leur société sur cette nouvelle planète a beau sembler parfaite, nombreux sont les colons qui ne sont pas heureux.
L'auteure soulève des questions classiques (Dieu existe-t-il ? Sommes-nous seuls dans la galaxie ?) que cette étrange cité-créature arrive cependant à transcender. Ce livre m'a beaucoup fait réfléchir, et m'a fait voir certaines choses différemment. J'ai trouvé qu'il y avait un petit côté Prometheus de Ridley Scott, avec une ambiance différente mais une pensée beaucoup plus aboutie.

Je ne peux pas vous en dire beaucoup plus au risque de vous gâcher la lecture. Le résumé éditeur est d'ailleurs très bien fait, il en dit juste ce qu'il faut pour donner envie. Dans tous les cas, c'est une lecture que j'ai beaucoup apprécié. J'ai aimé rassembler les pièces du puzzle et découvrir les horribles secrets de cette colonie et cette cité de Dieu. J'ai un peu moins aimé suivre le personnage principal, Ren, et cette première personne qui gâche un peu la lecture selon moi. Mais la fin le vaut.

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Découverte et colonisation de planètes :
  

mercredi 12 avril 2017

Le mois de Nathalie Dau - ❤ Le livre de l'Énigme, tome 1 : Source des tempêtes

Le mois de Nathalie Dau
Le blog Book en Stock propose en ce mois d'Avril de se retrouver autour des livres de Nathalie Dau, auteure de la série Le livre de l'Enigme chez Les Moutons Électriques que je vous présente aujourd'hui. N'hésitez pas à venir échanger avec l'auteure et d'autres blogueurs sur les différents sujets de l'événement sur Book en Stock.
Encore une fois merci à Dup et Phooka, à Nathalie Dau et aux acteurs de la maison Les Moutons Electrique pour ce chouette événement.


Le livre de l'Énigme, tome 1 : Source des tempêtes - Nathalie Dau

Les ténèbres ont un cœur de lumière. Je l’ai su quand j’ai vu l’enfant dans la tempête. J’ai entraperçu l’azur de sa magie étrange et intense, mon univers s’est métamorphosé. Moi qui me sentais si seul, si désespéré, j’ai découvert soudain pourquoi j’étais venu au monde : pour protéger celui qu’on m’a donné pour frère. Un frère pas tout à fait humain, pas tout à fait possible. Le protéger des autres et de lui-même : des décisions qu’il voudrait prendre afin de résoudre sa maudite Énigme. Car ce petit est doué pour se mettre – nous mettre – en péril ! Mais j’ai la faiblesse de croire que je suis plus têtu que lui.

Note :  coup de coeur

Ce premier tome du Livre de l’Énigme de Nathalie Dau m'a passionné dès les premières pages. La perspective de suivre toute la vie d'un personnage m'a vraiment enchanté, et ce même si l'énigme s'avère être une prophétie, procédé que je n'aime habituellement pas car beaucoup trop utilisé. L'intrigue est pourtant vraiment maîtrisée, le monde très riche et captivant et vous verrez que cette prophétie, au final, est plus une malédiction qu'autre chose.

Cerdric, le personnage qui nous conte son histoire, est une erreur. A cause de cette étrange prophétie qui plane telle une épée de Damoclès au dessus de la tête de son père, il a été conçu dans l'urgence, sans amour. Et au final, il n'est même pas l'élu de cette prophétie. Réfractaire, il ne peut ni exercer la magie ni en recevoir les bénéfices, alors que l'élu est censé ramener l'équilibre et refaire vivre l'ordre des mages bleus.

Je me suis beaucoup attachée à ce personnage mal aimé, gourmand de tendresse que personne ne veut pourtant lui donner. Son enfance est vraiment horrible, solitaire. Il aurait tous les droits d'enrager, de crier à l'injustice. S'il a quelques moments de faiblesse (qui vont d'ailleurs encore plus le mener à sa perte), c'est un personnage torturé mais terriblement humain qui sait reconnaître la détresse et veut tout faire pour que personne ne connaisse une vie comme la sienne.

Et ses rares moments de bonheur vont au final l'entraîner à la suite de Ceredawn, le véritable élu de la prophétie. Alors qu'il aurait tout pour être jaloux, Cerdric va être troublé par ce jeune garçon hanté par des mages du passé et dont le pouvoir est parfois dévastateur et très difficile à contrôler. Toute la tendresse qu'il n'a jamais eu, il va la donner à Ceredawn et l'aider dans sa quête, prophétie qui l'emprisonne et qui est sa malédiction autant qu'elle l'a été pour Cerdric.

J'ai terminé ma lecture dans le parc du château de Pourtalès
Vu que le livre prend en quelque sorte la forme de mémoires, on suit vraiment chaque pas du personnage. Le récit est donc plutôt lent et très descriptif, l'auteure s'attardant sur tous les petits détails. Pourtant, je ne me suis pas du tout ennuyée. Au contraire, j'ai vraiment adoré m'immiscer dans la vie de Cerdric, voir le personnage se construire et ainsi mieux le comprendre.

Et la vie de Cerdric est intéressante car elle est loin d'être banale. L'intrigue que développe l'auteure autour de cette étrange prophétie est vraiment complexe. Mais malheureusement, comme toujours avec les prophétie, on ne la comprend pas vraiment, mais les personnages non plus. Et au final j'ai adoré la manière dont l'auteure a utilisé la prophétie : les personnages sont tellement obnubilés par elle qu'ils font des tas d'erreurs. Cette prophétie est censée ramener l'équilibre, mais fait beaucoup de tord à ceux qui sont censés l’accomplir. Au final, vaut-elle le coup que Ceradawn se sacrifie, lui qui n'est qu'un enfant ?

Ce livre est vraiment différent de la fantasy que j'ai pu lire jusque là et c'est ce que j'ai adoré. Le récit est parfois vraiment dur, la sexualité est très souvent au centre de l'histoire et dérange, les personnages ont plein de défauts mais sont très humains et nous touchent. L'univers peut sembler assez classique mais est riche de tous ces conflits politiques, raciaux, moraux ou religieux que l'auteure développe avec justesse dans ce premier tome.

Le destin de Cerdric et Ceredawn qui semble tout tracé m'a vraiment passionné. Je me suis énormément attachée à eux, j'ai adoré découvrir leur histoire et leur monde, tous les deux déchirés et attendant un renouveau, une libération. La fin nous permet d'entrevoir le quotidien que va subir Ceredawn au Séminaire, et il présage de nouvelles épreuves. J'ai vraiment hâte de lire la suite ; non, j'en ai besoin.

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Interviews de Nathalie Dau (auxquelles vous pouvez participer en commentant !) :

mercredi 5 avril 2017

La Cité des Méduses - Emmi Itäranta

La Cité des Méduses - Emmi Itäranta

“Je rêve encore de l’île. Parfois je m’en approche par les eaux, mais le plus souvent par la voie des airs, comme un oiseau, le grand vent sous mes ailes.” 
C’est sur cette île, dans la cité des Méduses, qu’ Eliana, citoyenne modèle, a grandi. Tisseuse au palais des Toiles, elle s’acquitte chaque jour avec application de sa tâche, dissimulant au monde un lourd secret. Sa solitude prend fin lorsqu’une intruse est découverte dans le palais, la langue coupée. D’où vient-elle? Que fait-elle ici? Le seul indice tient en un prénom tatoué sur sa main: ”Eliana”. Les deux jeunes femmes se retrouvent bientôt au coeur d’une machination orchestrée par le Conseil. 
Et si, pour survivre et sauver l’île des eaux qui commencent à envahir les rues, Eliana n’avait d’autre solution que de faire appel à ce don qu’elle avait jusqu’alors considéré comme une malédiction : rêver.

Note : 3,5 / 5


Un résumé envoûtant qui pourrait presque faire penser à une dystopie, une couverture magnifique qui pose déjà l'ambiance : ce livre m'a tout de suite intrigué et même si le début est laborieux et la fin trop mystérieuse, j'ai beaucoup apprécié ma lecture. Merci à Netgalley et aux éditions Presses de la Cité de m'avoir permis de lire ce livre.

L'auteure nous lâche sans préambule au milieu de cette société que l'on ne connait pas et qui est très différente de la nôtre. De ce fait, le lecteur ne comprend pas tout au début, les chapitres s'enchaînent, on suit le quotidien d'Eliana, tisseuse au Palais des Toiles, en étant complètement perdu. Cela peut paraître agaçant, mais l'auteure nous donne heureusement petit à petit les clés de son univers.

Ce mystère nourrit aussi l'ambiance du livre. Une ambiance que j'ai adoré, à la fois très calme devant la routine des journées d'Eliana, et inquiétante car, si on ne comprend pas tout tout de suite, on se rend pourtant bien compte que certaines choses clochent dans cette société.

L'histoire fait définitivement penser à une dystopie. Au fur et à mesure, on comprend qu'il existe plusieurs autres Palais qui servent plus ou moins à faire rentrer le peuple de l'île dans des cases. Rêver est considéré comme une maladie contagieuse, et ceux qui rêvent sont enfermés au Palais des Impurs. Les origines de l'île sont mystérieuses. Tous les habitants doivent aussi participer régulièrement à un étrange rituel où ils se font tatouer. Et c'est l'intruse, Valeria, qui entre soudainement dans la vie d'Eliana, qui va chambouler toutes ses croyances et ses habitudes et lui faire ouvrir les yeux.

J'ai beaucoup aimé les personnages, même si j'ai parfois eu du mal à croire qu'Eliana avait 24 ans. J'ai adoré sa relation avec Valeria, la médecin Alva et son frère. La narration à la première personne est pourtant étonnement en retrait, presque pudique, mais reflète de ce fait tellement bien Eliana qu'on lui pardonne le manque de descriptions. La plume de l'auteure est très poétique, très imagée et certaines scènes vont longtemps me hanter.

Je n'arrive cependant pas vraiment à savoir si j'ai aimé ce livre ou non. Trop de mystères demeurent, trop de choses restent très vague une fois le livre terminé. C'est au lecteur de réfléchir, de trouver des raisons à certaines choses, et c'est ce qui m'a un peu déçue. J'ai l'impression d'être passée à côté de certains éléments. Pourtant, j'ai été vraiment transportée durant ma lecture. J'ai aimé découvrir l'univers d'Eliana, son quotidien sur cette île. J'ai eu envie de me battre avec elle, de me rebeller et le style très imagé de l'auteure m'a vraiment marqué. Dans tous les cas, La Cité des Méduses est un livre vraiment spécial et, surtout, une dystopie très différente des autres par sa forme.

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Rêves et cauchemars :